Arnaques & Phishing

Victime d'arnaque en ligne Canada : quoi faire en 72h

Illustration: Victime d'arnaque en ligne Canada : quoi faire en 72h
Mis à jour avril 2026 13 min de lecture 0

Marie-Ève a 52 ans, comptable à Québec. Un jeudi soir de novembre, elle vend son réfrigérateur sur Facebook Marketplace. L’acheteur envoie une capture d’écran de virement Interac parfaite. Le livreur passe à 20h. Le réfrigérateur part.

À 22h, elle vérifie son compte bancaire. Rien. Elle envoie un message. Silence. Elle cherche le profil Facebook. Désactivé.

Elle a perdu 450 $. Et elle ne sait pas quoi faire.

La plupart des victimes d’arnaque en ligne font la même chose : elles attendent. Elles ont honte. Elles pensent que c’est trop tard ou que ça ne sert à rien. Elles ont tort sur les deux points.

Ce guide est pour les premières 72 heures. C’est la fenêtre où vos actions ont le plus d’impact.


Avant tout : arrêtez les dommages immédiats

Avant même d’appeler qui que ce soit, faites ces trois choses en moins de 10 minutes.

Si vous avez envoyé un virement Interac : Appelez votre banque maintenant. Pas dans une heure. Maintenant. Un virement Interac non accepté peut parfois être bloqué — mais la fenêtre se ferme vite. Utilisez le numéro au dos de votre carte ou celui sur le site officiel de votre institution (ne googlez pas “numéro banque TD”, allez directement sur td.com).

Si vous avez fourni un code SMS : Changez immédiatement les mots de passe de tous les comptes où ce numéro de téléphone est enregistré comme méthode 2FA. Gmail, Facebook, votre banque. Vérifiez les sessions actives dans chacun de ces comptes. Si quelqu’un s’est connecté depuis un appareil inconnu, révoquez l’accès.

Si vous avez cliqué sur un lien suspect : Ne continuez pas à naviguer depuis cet appareil. Éteignez le WiFi, passez en données mobiles, et changez vos mots de passe depuis un autre appareil. Faites un scan antimalware sur l’appareil concerné.


Heure 0 à 2 : les appels critiques

Étape 1 — Votre banque en premier

C’est l’appel le plus urgent. Voici ce que vous leur dites :

“Je suis victime d’une fraude. J’ai envoyé un virement Interac à un fraudeur. Le montant est de X $, envoyé vers [adresse courriel de l’escroc]. Je veux savoir si ce virement peut être bloqué et ouvrir un dossier de fraude.”

Ce que votre banque peut faire :

  • Tenter de bloquer un virement Interac non accepté
  • Ouvrir un dossier d’investigation interne
  • Émettre une alerte sur votre compte
  • Vous guider sur les prochaines étapes pour votre institution spécifique

Ce que votre banque ne peut généralement pas faire :

  • Récupérer un virement Interac déjà accepté par le fraudeur
  • Vous garantir un remboursement
  • Contacter l’autre banque directement sans dossier de fraude

Notez : le numéro du dossier qu’ils vous donnent. Vous en aurez besoin pour la suite.

Si le fraudeur a utilisé votre carte de crédit sans autorisation (différent d’un virement volontaire), vos protections sont beaucoup plus fortes — contestation de transaction, remboursement en 30-60 jours dans la plupart des cas.

Étape 2 — Centre antifraude du Canada (CAFC)

Téléphone : 1-888-495-8501
En ligne : antifraudcentre-centreantifraude.ca
Heures : lundi-vendredi, 8h-20h (heure de l’Est)

Le CAFC est le service national de collecte de signalements de fraude. Votre signalement fait plusieurs choses :

  1. Il documente officiellement la fraude et peut servir dans une procédure légale
  2. Il alimente une base de données nationale qui permet de relier les signalements et d’identifier les réseaux actifs
  3. Il peut déclencher une enquête si plusieurs victimes signalent le même fraudeur
  4. Les données CAFC alimentent les statistiques de Sécurité publique Canada et justifient les ressources allouées à la lutte contre la fraude

Le CAFC a enregistré 554 millions de dollars de pertes déclarées en 2023 — et ils estiment que moins de 10% des victimes signalent. Votre signalement compte même si vous ne récupérez pas d’argent.

Ce qu’il faut avoir en main pour le signalement :

  • Date et heure de la transaction
  • Montant perdu
  • Méthode de paiement utilisée
  • Informations sur le fraudeur (nom du profil, adresse courriel, numéro de téléphone si disponible)
  • Captures d’écran de la conversation et de la fausse preuve de paiement

Dans les 24 heures : documentation et plainte formelle

Étape 3 — Documenter tout avant que ça disparaisse

Avant de signaler à la police ou à la plateforme, capturez tout. Les profils frauduleux disparaissent vite.

Ce qu’il faut capturer :

  • Le profil complet de l’escroc (URL, photos, informations)
  • Toute la conversation (screenshots complets avec les timestamps visibles)
  • La fausse preuve de paiement
  • L’annonce originale
  • Tout numéro de téléphone ou adresse courriel utilisé

Où sauvegarder : dans un dossier nommé par date sur votre ordinateur + copie sur email personnel. Ces captures seront demandées par la police, votre banque et possiblement un juge si vous allez en petites créances.

Étape 4 — Signaler la plateforme

Facebook :
Allez sur le profil frauduleux → ”…” → “Trouver un soutien ou signaler” → “Fraude ou arnaque”. Faites pareil pour l’annonce spécifique et pour la conversation Messenger. Plus il y a de signalements sur le même profil, plus Facebook suspend rapidement.

Kijiji :
Sur l’annonce → “Signaler cette annonce” → “Arnaque ou fraude”. Envoyez aussi un email à support@kijiji.ca avec vos captures d’écran. Kijiji n’a pas de processus de remboursement mais peut suspendre le compte et bloquer le numéro.

Si ça s’est passé sur d’autres plateformes :
Amazon, eBay, PayPal : ils ont tous des processus de résolution de litiges. PayPal Protection Acheteur s’applique aux achats marchands (pas aux transactions Amis & Famille — c’est pourquoi les escrocs insistent pour ce mode). Signalez dans les délais imposés par chaque plateforme (généralement 30 à 180 jours selon la plateforme).

Étape 5 — Plainte à la police

Rendez-vous à votre poste de police local ou utilisez le système en ligne si disponible (Montréal : spvm.qc.ca, Québec : ville.quebec.qc.ca/police).

Pour la plainte, apportez :

  • Toutes vos captures d’écran imprimées ou sur tablette/téléphone
  • Le numéro de dossier de votre banque si vous en avez un
  • Le numéro de signalement du CAFC si disponible
  • Un relevé bancaire montrant la transaction

Ce que vous obtenez : un numéro de dossier officiel. C’est souvent ce que votre banque exige pour pousser son investigation plus loin. Si votre perte dépasse 5 000 $, la police peut ouvrir une enquête active — en dessous, c’est plus rare mais le dossier reste dans le système.

Réalité honnête : dans la très grande majorité des cas de fraude en ligne sous 5 000 $, la police prend votre plainte mais n’investigues pas activement. Ce n’est pas de la mauvaise volonté — c’est une question de ressources et de volume. L’enquête active arrive quand plusieurs victimes signalent le même individu.


Dans les 48 heures : protéger votre identité

Étape 6 — Évaluer ce que l’escroc a obtenu

Faites l’inventaire de ce que vous avez partagé dans cette interaction :

Information partagéeRisqueAction immédiate
Numéro de téléphoneMoyenAttendez les appels suspects, ne répondez pas aux SMS inconnus
Adresse courrielMoyenVérifiez si elle apparaît dans des fuites (haveibeenpwned.com)
Adresse postaleÉlevéSurveiller le courrier, alerter la banque
Date de naissance + nomÉlevéSurveillance crédit immédiate
NAS (numéro assurance sociale)CritiqueAppelez Service Canada + gel de crédit
Code SMSCritiqueChangez les mots de passe de tous les comptes liés immédiatement
Numéros de carte ou compteCritiqueBloquez les cartes, changez les accès bancaires
Photo de pièce d’identitéCritiqueSignalez au Service des passeports, surveiller les demandes de crédit

Étape 7 — Surveillance du crédit

Si vous avez fourni des informations personnelles identifiables (nom complet + date de naissance + adresse), activez la surveillance de votre dossier de crédit.

Equifax Canada : equifax.com/ca → “Protéger mon identité” → alerte de crédit gratuite
TransUnion Canada : transunion.ca → alertes de crédit (certains services payants, mais la consultation du rapport est gratuite une fois par an)

Le gel de crédit (credit freeze) : empêche toute nouvelle demande de crédit à votre nom sans votre autorisation explicite. C’est gratuit, réversible, et efficace si vous craignez une usurpation d’identité. Demandez-le auprès d’Equifax ET de TransUnion — les deux bureaux doivent le faire séparément.

Un gel de crédit ne vous empêche pas d’utiliser vos cartes existantes. Il empêche uniquement l’ouverture de nouveaux comptes, prêts ou cartes.

Étape 8 — Vérifier les accès non autorisés

Passez en revue vos comptes critiques :

Google Account : myaccount.google.com → “Sécurité” → “Vos appareils” et “Activité récente relative à la sécurité”. Révoquez tous les appareils inconnus.

Facebook : Paramètres → “Sécurité et connexion” → “Là où vous êtes connecté(e)”. Déconnectez toutes les sessions actives inconnues.

Votre banque : Vérifiez les accès autorisés aux services en ligne, les appareils de confiance enregistrés, et les virements automatiques.

Apple ID / Microsoft Account : Vérifiez les appareils de confiance.


Dans les 72 heures : recours et options légales

Option 1 — Petites créances (jusqu’à 15 000 $)

Si vous pouvez identifier le fraudeur (vrai nom, adresse), les petites créances québécoises permettent de réclamer jusqu’à 15 000 $ sans avocat. Les frais de dépôt sont de 91 à 350 $ selon le montant.

Conditions pratiques : vous avez besoin d’une adresse physique pour signifier la mise en demeure. Un numéro de téléphone seul ou une adresse courriel ne suffisent pas. Dans la plupart des arnaques en ligne anonymes, vous n’aurez pas ces informations — cette option est donc rarement praticable.

Quand ça marche : si vous avez été arnaqué par quelqu’un que vous connaissez, si vous avez un vrai nom avec adresse (ex. une transaction locale où vous avez vu la personne), ou si vous avez reçu un chèque frauduleux avec des informations traçables.

Option 2 — Ombudsman bancaire

Si votre banque refuse d’enquêter ou de vous rembourser et que vous croyez que la décision est injuste, vous pouvez escalader à l’OSBI (Ombudsman des services bancaires et d’investissement) : obsi.ca

L’OSBI est gratuit pour les consommateurs et peut recommander des remboursements jusqu’à 350 000 $. Leurs recommandations ne sont pas légalement contraignantes, mais les banques les suivent dans la grande majorité des cas.

Délai : vous devez d’abord avoir épuisé le processus de plainte interne de votre banque (généralement 90 jours).

Option 3 — Commission des droits de la personne (si discrimination)

Pas applicable dans la plupart des arnaques en ligne — mais si la fraude implique une discrimination ou une violation de vos droits fondamentaux, la CDPDJ peut intervenir.


Les 5 erreurs que font les victimes (et comment les éviter)

Erreur 1 — Attendre “d’être sûre” avant d’appeler la banque.
L’incertitude coûte cher. Si vous pensez avoir été arnaqué, appelez. Au pire vous avez l’air paranoïaque et tout va bien. Au mieux vous bloquez le virement.

Erreur 2 — Confronter l’escroc en continuant à messagerie.
Arrêtez de répondre. Bloquez. Chaque message peut compliquer votre dossier et les escrocs peuvent tenter de vous manipuler davantage ou de récupérer des informations supplémentaires.

Erreur 3 — Ne pas documenter avant de signaler.
Si vous signalez le profil Facebook avant de tout capturer, Facebook peut suspendre le profil et vous perdez l’accès aux preuves. Capturez d’abord, signalez ensuite.

Erreur 4 — Supposer que ça ne vaut pas la peine de signaler.
Même si vous ne récupérez pas d’argent, votre signalement protège les prochaines victimes et alimente les statistiques qui justifient des ressources contre la fraude. Le CAFC a aidé à démanteler plusieurs réseaux grâce à l’accumulation de signalements sur les mêmes individus.

Erreur 5 — Ne pas vérifier les autres comptes.
L’arnaque que vous venez de vivre peut être une porte d’entrée vers d’autres attaques. Vérifiez vos comptes dans les 48 heures suivant l’incident.


Récupération psychologique : c’est normal de se sentir comme ça

Je vais être direct : être victime d’une arnaque génère souvent de la honte, pas juste de la frustration. Vous pensez avoir été naïf. Vous n’osez peut-être pas en parler à votre famille. Vous vous demandez comment vous avez pu tomber dans le panneau.

C’est normal. Et c’est complètement injustifié.

Les escrocs professionnels sont bons dans ce qu’ils font. Ils exploitent des mécanismes cognitifs humains — la confiance, la pression temporelle, le désir d’accommoder les autres. Ce ne sont pas des accidents qui n’arrivent qu’aux gens naïfs. Des ingénieurs, des médecins, des professeurs d’université se font avoir régulièrement.

La fraude en ligne dépasse 554 millions de dollars déclarés au Canada en 2023 — et le CAFC estime que moins de 10% des victimes signalent. La honte est probablement la première raison pour laquelle la majorité ne signale pas, ce qui laisse les escrocs actifs plus longtemps.

Signaler n’est pas juste pour vous. C’est pour la prochaine personne.


Ressources directes

Centre antifraude du Canada (CAFC)
1-888-495-8501 | antifraudcentre-centreantifraude.ca
Lun-ven 8h-20h (heure de l’Est)

Équifax Canada (surveillance crédit / gel de crédit)
equifax.com/ca | 1-800-465-7166

TransUnion Canada (surveillance crédit / gel de crédit)
transunion.ca | 1-800-663-9980

OSBI (ombudsman bancaire)
obsi.ca | 1-888-451-4519

Cybersécurité au Canada (Gouvernement du Canada)
cyber.gc.ca

Revenu Québec (fraude liée à l’identité fiscale)
revenuquebec.ca | 1-800-267-6299


Ce que les chiffres disent — et pourquoi ça devrait convaincre de signaler

Le Centre antifraude du Canada a reçu des signalements pour 554 millions de dollars de pertes en 2023. Ce chiffre semble énorme — et pourtant, le CAFC estime que c’est moins de 10% de la fraude réelle.

Ça veut dire que la fraude en ligne représente probablement 5 milliards de dollars ou plus par année au Canada. La plupart des victimes ne signalent pas parce qu’elles ont honte, parce qu’elles pensent que c’est sans espoir, ou parce qu’elles ne savent pas où aller.

Le résultat : les fraudeurs restent actifs. Le même compte Facebook piraté, la même adresse courriel Interac, le même numéro de téléphone — utilisés sur des dizaines de victimes avant d’être finalement bloqués.

Quand vous signalez au CAFC, votre signalement va dans une base de données nationale. Si dix personnes au Québec signalent la même adresse courriel dans le même mois, ça déclenche des alertes. Si cette adresse est liée à un réseau, ça peut mener à des arrestations. En 2023, le CAFC a contribué à plusieurs enquêtes qui ont abouti à des accusations criminelles — grâce à l’accumulation de signalements.

Votre 450 $ perdu ne reviendra probablement pas. Mais le signalement que vous faites peut empêcher quelqu’un d’autre de perdre les siens.


Mon opinion directe : la plupart des victimes d’arnaque ne récupèrent pas leur argent. Ce n’est pas une raison de ne rien faire. Chaque signalement protège quelqu’un d’autre. Les 72 premières heures ne changeront peut-être pas votre situation personnelle — mais elles peuvent changer celle de la prochaine victime de ce même fraudeur.

Faites les appels. Documentez. Signalez. Et ensuite, tirez les leçons pour la prochaine fois.


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Khalid Mokrini

Khalid Mokrini

Cyber Security Specialist

Fondateur d'Informatique Ste-Foy (depuis 2014) et de Sequr.ca. Certifié en cybersécurité des réseaux informatiques par l'École Polytechnique de Montréal. Plus de 1 000 clients servis au Québec.

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