Sophie vendait son vieux MacBook 800 $ sur Kijiji.
Un acheteur l’a contactée le lendemain. Parfait anglais (traduction approximative), histoire crédible : il achetait le laptop pour son neveu à Montréal, lui-même en déplacement à Toronto. Il paierait par Interac, son neveu récupérerait l’appareil.
Sophie a reçu un virement de 950 $. L’acheteur s’est excusé — il avait “mal lu le prix”. Est-ce qu’elle pouvait lui rembourser la différence de 150 $ ?
Sophie a envoyé 150 $. Le virement de 950 $ a été annulé 48 heures plus tard. Elle a perdu son MacBook et 150 $.
Les trois variantes de l’arnaque Interac
Variante 1 — Le remboursement de trop-perçu
L’escroc envoie un montant supérieur au prix demandé. Il demande la différence en retour. Le virement original est frauduleux ou est annulé. Votre remboursement est réel.
Règle absolue : Ne jamais rembourser une différence. Si quelqu’un a fait une erreur de montant, il annule et renvoie le bon montant. Point.
Variante 2 — Le faux email de dépôt Interac
L’escroc vous envoie un faux email qui ressemble exactement à une notification Interac. Il prétend que l’argent est retenu et que vous devez “déverrouiller” votre compte en cliquant sur un lien — qui est en réalité une page de phishing.
Règle absolue : Toujours vérifier le dépôt directement dans votre application bancaire. Jamais via un lien reçu par courriel.
Variante 3 — L’acheteur “à distance” avec transporteur
L’acheteur ne peut pas venir en personne. Il envoie un “transporteur” récupérer l’item. Il paie d’abord par Interac — mais le virement arrive parfois après que votre item soit parti. Ou il demande un remboursement une fois l’item “endommagé pendant le transport”.
Règle absolue : Rencontre en personne uniquement pour les articles de valeur. Argent comptant ou virement confirmé déposé avant de remettre quoi que ce soit.
Pourquoi les banques ne peuvent rien faire
Interac n’est pas PayPal. Il n’y a pas de protection acheteur ou vendeur. Un virement Interac accepté est définitif — comme de l’argent comptant remis en main propre.
C’est exactement pourquoi les escrocs adorent Interac. Le traçage est difficile, les recours sont quasi-inexistants, et les transactions sont instantanées.
Votre banque peut déposer une plainte et enquêter, mais les probabilités de récupérer votre argent sont très faibles une fois la transaction complétée.
Les deux phrases qui vous protègent
“Je ne rembourse aucune différence. Annulez et renvoyez le bon montant.”
“Rencontre en personne uniquement. Argent comptant ou Interac confirmé avant de remettre l’article.”
Ces deux phrases, appliquées systématiquement, éliminent 95% des arnaques Kijiji.
Les signaux d’alarme à reconnaître
- L’acheteur ne peut jamais se déplacer (toujours une excuse)
- Il paie un montant différent du prix et demande un remboursement
- Il insiste pour finaliser rapidement, avant que “son transporteur parte”
- Il utilise uniquement les textos — jamais d’appel
- Son profil Kijiji est récent (créé il y a quelques jours)
- Il écrit avec des tournures inhabituelles ou une traduction approximative
Aucun de ces signaux seul n’est décisif. Plusieurs ensemble : méfiance maximale.
Si ça vous est arrivé
Vous n’êtes pas seul. Le Centre antifraude du Canada a reçu plus de 34 000 signalements de fraude téléphonique et en ligne en 2024. Les fraudeurs professionnels font ça à la chaîne, souvent depuis l’étranger.
- Contactez votre banque — dans les premières heures, une trace peut exister
- Signalez au Centre antifraude — 1-888-495-8501 ou antifraudcentre-centreantifraude.ca
- Déposez une plainte à la police — vous obtiendrez un numéro de dossier nécessaire pour la banque
- Signalez sur Kijiji — le profil sera bloqué, protégeant d’autres victimes
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