Arnaques & Phishing

Fausses offres d'emploi LinkedIn Québec : les reconnaître

Illustration: Fausses offres d'emploi LinkedIn Québec : les reconnaître
Mis à jour novembre 2025 12 min de lecture 0

Karine, de Longueuil, cherchait un emploi en administration depuis deux mois quand elle a reçu un message LinkedIn en janvier 2025. Une gestionnaire RH chez une firme de conseil bien connue lui proposait un poste de coordonnatrice à 65 000$ par an, travail à distance, entrevue par Teams le lendemain. Le profil de la recruteuse avait 500 connexions, une photo professionnelle, et les employeurs précédents listés correspondaient.

L’entrevue a duré 25 minutes. On lui a demandé son adresse pour lui envoyer le matériel de travail. Trois jours plus tard, elle recevait un chèque de 4 200$ — “pour l’achat de l’ordinateur et du bureau ergonomique” — avec instruction de virer le surplus de 2 800$ par Interac à un “fournisseur approuvé”. Elle a viré. Le chèque a rebondi une semaine plus tard. La firme en question n’avait aucun poste ouvert et n’avait jamais entendu parler de la “recruteuse”.

Karine a perdu 2 800$. Elle s’en est sortie sans dettes — d’autres n’ont pas eu cette chance.


L’ampleur du problème au Canada

Le recrutement frauduleux sur LinkedIn et les autres plateformes n’est pas un phénomène marginal. Selon le Centre antifraude du Canada (CAFC), les fraudes liées à l’emploi ont représenté des pertes de plus de 20 millions de dollars en 2024 pour les Canadiens. Et ces chiffres sous-estiment massivement la réalité — on estime que moins de 5% des victimes signalent.

LinkedIn a publié dans son rapport de transparence du second semestre 2024 avoir retiré 95,7 millions de faux comptes — la majorité détectés et bloqués automatiquement avant même d’être actifs, mais des centaines de milliers ayant réussi à opérer pendant des jours ou des semaines.

Au Québec spécifiquement, l’AMF (Autorité des marchés financiers) a émis des mises en garde répétées en 2024-2025 concernant les offres d’emploi frauduleuses qui servent parfois de porte d’entrée vers des arnaques d’investissement — le recrutement devient un prétexte pour recruter des “agents” dans des plateformes crypto frauduleuses.


Les quatre grandes catégories d’arnaques au recrutement

1. L’arnaque au chèque (la plus répandue)

C’est la variante que Karine a vécue. Le schéma est presque toujours identique :

  • Offre d’emploi séduisante, entrevue rapide par texto, Teams ou WhatsApp
  • Offre acceptée, contrat envoyé par PDF (souvent avec des logos volés d’entreprises réelles)
  • Chèque envoyé pour “matériel de travail” ou “frais d’installation”
  • Demande de transférer une partie du montant à un tiers (fournisseur, autre employé)
  • Le chèque rebondit — l’argent transféré est définitivement perdu

Au Canada, un chèque peut sembler “encaissé” pendant 1 à 5 jours ouvrables avant que votre banque découvre qu’il est frauduleux. Pendant ce temps, vous pensez avoir reçu l’argent. Cette fenêtre est précisément ce que les fraudeurs exploitent.

Règle absolue : Aucun employeur légitime ne vous enverra un chèque et vous demandera d’en retransmettre une partie. Jamais. Sans exception.

2. Le vol d’identité via formulaire d’embauche

Ici, l’objectif n’est pas de vous soutirer de l’argent directement, mais de voler vos informations personnelles pour commettre une fraude d’identité.

Le processus ressemble à une vraie embauche :

  • Entrevue réaliste (parfois même en vidéo avec un faux profil préparé)
  • “Félicitations, vous êtes embauché” — envoi d’un formulaire d’embauche à remplir
  • Ce formulaire demande : NAS, date de naissance, copie de pièce d’identité, informations bancaires “pour la paie directe”, parfois une copie du permis de conduire

Avec ces informations, les fraudeurs peuvent ouvrir des comptes bancaires, demander des cartes de crédit, ou commettre d’autres fraudes sous votre identité. Les conséquences peuvent prendre des mois ou des années à démêler.

3. Le recrutement comme couverture pour du blanchiment d’argent

Moins connu mais de plus en plus fréquent au Canada depuis 2023 : des offres pour des postes d‘“agent de paiement”, “coordinateur financier”, “représentant de transfert de fonds” ou similaires.

En réalité, vous devenez un “money mule” — quelqu’un qui reçoit de l’argent volé et le transfère ailleurs, en gardant une commission. C’est du blanchiment d’argent. Vous pouvez être poursuivi criminellement même si vous ne saviez pas consciemment que les fonds étaient d’origine frauduleuse. L’ignorance ne constitue pas une défense complète en droit canadien.

4. L’arnaque d’investissement déguisée en emploi

L’AMF Québec a spécifiquement mis en garde contre ce type en 2024-2025. Une offre d’emploi pour travailler “dans la cryptomonnaie” ou “dans les marchés financiers” vous amène vers une plateforme de trading. On vous demande de vous créer un compte et d’y déposer des fonds pour “les tester”. La plateforme affiche de faux profits, vous investissez davantage, puis les retraits deviennent impossibles.

Ces arnaques combinent deux vecteurs : la confiance accordée à une offre d’emploi légitime et l’appât du gain facile. L’AMF a publié une liste noire de plateformes frauduleuses disponible sur son site.


Les signaux d’alerte — checklist pratique

Voici les red flags à surveiller. Un seul ne garantit pas une arnaque, mais plusieurs ensemble doivent déclencher votre méfiance.

Concernant l’offre :

  • Salaire anormalement élevé pour le niveau d’expérience requis
  • Poste générique (“assistant administratif”, “agent de service client”) avec très peu de détails sur les tâches réelles
  • Processus d’embauche extraordinairement rapide (moins de 48h entre premier contact et offre)
  • Aucune entrevue vidéo formelle, ou entrevue uniquement par messages texte
  • Travail à distance “complet”, aucun bureau physique mentionné, pas d’adresse d’entreprise vérifiable

Concernant le recruteur :

  • Profil LinkedIn créé récemment (vérifiez la date — pas toujours visible, mais le manque d’historique de posts est un indice)
  • Peu ou pas de recommandations malgré un profil établi
  • Courriel de domaine gratuit (gmail, outlook, yahoo) pour une grande entreprise
  • Contact initié sur WhatsApp plutôt que sur LinkedIn ou courriel professionnel
  • Photo de profil qui semble générée par IA (visage trop parfait, arrière-plan flou uniforme) — utilisez Google Image Search ou TinEye pour la vérifier

Concernant le processus :

  • Demande d’informations financières ou du NAS avant l’offre formelle signée
  • Envoi d’un chèque ou demande d’acheter des cartes-cadeaux pour “matériel de travail”
  • Pression pour signer rapidement ou garder l’offre confidentielle
  • Contrat avec des fautes d’orthographe, des logos pixélisés, ou des clauses légales absurdes

Comment vérifier une offre d’emploi en 10 minutes

Avant de vous enthousiasmer pour une offre prometteuse, voici une vérification rapide que tout le monde peut faire.

Vérification 1 — L’entreprise existe-t-elle vraiment? Cherchez le nom exact de l’entreprise sur Google. Trouvez son site officiel, son adresse physique, son numéro de téléphone. Appelez le standard téléphonique et demandez à être mis en contact avec les RH. Si personne ne sait que ce poste existe, la réponse est claire.

Vérification 2 — Le recruteur travaille-t-il vraiment là? Sur LinkedIn, cherchez l’entreprise officiellement. Naviguez dans la section “Employés” et cherchez la personne qui vous a contacté. Si elle n’y apparaît pas, méfiez-vous.

Vérification 3 — Le courriel correspond-il au domaine officiel? Si l’entreprise s’appelle Acme Corp et son site est acmecorp.com, les courriels officiels doivent venir de @acmecorp.com, pas de acme.corp.rh@gmail.com.

Vérification 4 — L’offre est-elle aussi postée officiellement? Les vraies offres d’emploi apparaissent sur le site de l’entreprise, sur Workday, ou sur Taleo (les systèmes ATS que la plupart des grandes entreprises utilisent). Si l’offre n’existe que dans un message LinkedIn ou un courriel, cherchez-la sur Indeed, Glassdoor, ou directement sur le site de l’employeur.

Vérification 5 — Vérification d’image inversée Faites un clic droit sur la photo de profil du recruteur > “Recherche d’image avec Google”. Si la photo apparaît sur d’autres profils sous d’autres noms, vous avez votre réponse.


Ce qui rend les Québécois particulièrement ciblés

Quelques facteurs rendent le marché québécois attrayant pour les fraudeurs :

Le bilinguisme : Les arnaques fonctionnent souvent en anglais, mais les fraudeurs adaptent de plus en plus leurs opérations en français. Cela crée un faux sentiment de sécurité — “si c’est en français, c’est probablement québécois et donc légitime” — qui ne tient pas.

Le marché du travail en télétravail : Depuis la pandémie, le travail à distance normalisé a rendu les processus d’embauche sans présence physique plus crédibles. Les fraudeurs exploitent cette normalisation.

Le LinkedIn québécois : La plateforme est très utilisée au Québec, notamment dans les secteurs tech, marketing, et services professionnels. Plus d’utilisateurs actifs = plus de cibles potentielles.


Si vous avez été victime — étapes concrètes

Immédiatement

  1. Cessez tout contact avec le recruteur frauduleux
  2. Ne transférez plus aucun argent, même si on vous promet de “débloquer” la situation
  3. Appelez votre banque si vous avez transféré des fonds — une demande de rappel de virement Interac est possible dans les premières heures (succès non garanti, mais ça vaut l’essai)
  4. Conservez toutes les preuves : captures d’écran des messages, courriels, le contrat reçu, le numéro de chèque

Dans les 48 heures

  1. Signalez au CAFC : 1-888-495-8501 ou antifraudcentre-centreantifraude.ca
  2. Signalez sur LinkedIn : Profil du fraudeur > ”…” > “Signaler / Bloquer” — choisissez “Arnaque ou tentative de fraude”
  3. Si votre NAS a été fourni : contactez Service Canada (1-800-206-7218) et l’ARC pour signaler l’utilisation potentiellement frauduleuse de votre numéro
  4. Placez une alerte de fraude chez Equifax (1-800-465-7166) et TransUnion (1-800-663-9980) — cette alerte dure 6 ans et oblige les prêteurs à vous contacter avant d’accorder du crédit

Si votre identité a été compromise, notre guide sur le vol d’identité au Canada couvre les étapes complètes de récupération.

Concernant les arnaques financières spécifiquement

Si l’arnaque impliquait une promesse d’investissement ou une plateforme de trading, signalez également à l’AMF Québec : autoritedesmarches.qc.ca ou 1-877-525-0337. L’AMF peut bloquer les plateformes frauduleuses et diffuser des avertissements publics.


La réalité des récupérations d’argent

La vérité : dans la majorité des cas d’arnaques par virement, l’argent est irrécupérable. Les fonds sont rapidement transférés vers des comptes dans d’autres pays.

Certaines exceptions existent :

  • Virement Interac récent : votre banque peut tenter un rappel dans les premières heures
  • Paiement par carte de crédit : la procédure de rétrofacturation (chargeback) est possible — appelez votre émetteur
  • Fonds non encore transférés : si l’argent est toujours dans votre compte, un blocage immédiat est possible

Les compagnies d’assurance vie privée et certaines assurances habitation incluent parfois une couverture cyberfraud — vérifiez votre police avant de conclure qu’il n’y a aucun recours.


Protégez-vous à long terme

La meilleure protection contre les arnaques au recrutement est la vérification systématique. Pas de la paranoïa — juste des réflexes.

Protégez vos informations :

  • Votre NAS ne sort jamais avant une offre formelle signée
  • Une copie de votre pièce d’identité ne s’envoie pas par courriel à un inconnu
  • Vos informations bancaires (numéro de transit, de compte) ne sont partagées que via les portails officiels des employeurs

Utilisez des alias d’email : Pour les candidatures en ligne, utiliser une adresse courriel dédiée (ou un alias avec SimpleLogin) limite l’exposition de votre adresse principale. Notre guide sur les alias d’email explique comment configurer ça en 10 minutes.

Restez informé : L’AMF Québec et le CAFC publient régulièrement des mises en garde sur leurs sites et leurs réseaux sociaux. Suivre ces comptes peut vous alerter sur les nouvelles tactiques avant qu’elles vous atteignent.


Pour les employeurs et équipes RH

Si vous travaillez en recrutement, votre identité peut être usurpée. Des fraudeurs créent de faux profils LinkedIn en votre nom pour arnaquer des chercheurs d’emploi. Quelques mesures préventives :

  • Activez les notifications LinkedIn pour être alerté si quelqu’un crée un profil avec votre nom
  • Publiez un message clair sur votre profil indiquant votre processus de recrutement officiel
  • Si votre identité est usurpée, signalez immédiatement à LinkedIn (il existe un processus spécifique pour l’usurpation d’identité) et avertissez votre réseau

Les deepfakes et l’usurpation d’identité IA compliquent encore plus ce paysage — certains fraudeurs utilisent maintenant des avatars vidéo générés par IA pour simuler des entrevues par vidéoconférence.


Le contexte légal au Québec et au Canada

Les arnaques au recrutement sont des infractions criminelles au Canada. Selon les circonstances, elles peuvent être poursuivies sous plusieurs articles du Code criminel :

  • Article 380 (fraude) : toute fraude de plus de 5 000$ est un acte criminel passible d’emprisonnement jusqu’à 14 ans
  • Article 403 (usurpation d’identité) : se faire passer pour un vrai recruteur ou une vraie entreprise
  • Article 362 (obtention par fraude) : obtenir de l’argent ou des biens par fausse représentation

Sur le plan civil, vous pouvez intenter une poursuite contre les fraudeurs identifiables — mais dans la pratique, ils sont souvent à l’étranger et difficiles à localiser. Une plainte pénale reste utile pour les autorités même si la récupération de l’argent est improbable à court terme.

Le CAFC collabore avec Interpol, Europol, et les agences policières américaines pour démanteler les réseaux d’arnaques au recrutement opérant à partir de l’Asie du Sud-Est, de l’Europe de l’Est et d’Afrique de l’Ouest. Des arrestations ont eu lieu — plusieurs en 2024 — mais le déploiement de nouveaux réseaux est plus rapide que les enquêtes.


L’impact psychologique sur les victimes

La honte est le premier obstacle à la déclaration. “Comment ai-je pu me laisser avoir?” est une question que beaucoup de victimes se posent, souvent en silence.

La réalité : ces arnaques sont conçues par des professionnels qui opèrent à grande échelle, qui testent et optimisent leurs scripts, et qui savent exactement quels boutons psychologiques actionner. La confiance n’est pas une faiblesse — c’est ce que ces fraudeurs exploitent précisément parce que c’est une force humaine normale.

Si vous avez été victime, parlez-en. À un proche, à votre banque, au CAFC. Garder ça pour soi ne protège personne et empêche la récupération. Les victimes qui signalent rapidement ont de meilleures chances — même minimes — de récupérer quelque chose, et contribuent à protéger la prochaine cible potentielle.


Besoin d’aide pour évaluer une offre suspecte?

Si vous avez reçu une offre d’emploi qui vous semble étrange, ou si vous avez déjà fourni des informations personnelles et vous vous demandez si vous êtes victime d’une arnaque — notre équipe chez Sequr peut vous aider à évaluer la situation et à prendre les bonnes mesures.

On répond aux questions, sans pression et sans frais cachés pour un premier échange.

Khalid Mokrini

Khalid Mokrini

Cyber Security Specialist

Fondateur d'Informatique Ste-Foy (depuis 2014) et de Sequr.ca. Certifié en cybersécurité des réseaux informatiques par l'École Polytechnique de Montréal. Plus de 1 000 clients servis au Québec.

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